Carnet de route
Sardaigne, (pourquoi on y retournera)
Sortie : escalade GV / TA (et éventuellements couennes) en Sardaigne du 05/04/2019
Le 06/04/2019 par Aurian
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ou peu, la Sardaigne dans mon souvenir c'est un mélange d'horizontalité bleue turquoise et de verticalités minérales vertigineuses, sous exploitées pour le grimpeur, des sites de grimpe a foison (17 jours sur place et je n'ai pas ôté la moitié des post-it placés dans mon topo), des prises acérées (on y laisse sa pulpe), des panoramiques à faire baver les collègues, des espaces de nature encore préservés, des pieds de rue très épanouis, du bivouaque facile (les flics passent juste pour dire bonjour), des autochtones plutôt sympas ma foi, hormis nous peu de touristes visibles à cette période, des épisodes de pluies comme en haute montagne (soudain et en fin d'aprem), des invasions de chèvres parfois gênantes et une attaque surprise d'un essaim d'abeilles au milieu d'une voie en TA... Je vous raconte par la suite !
Je vous la fait pas trop longue, mais 17 jours c'est difficile à résumer.. Les points marquants du séjour selon moi :
- Monte Oddeu : une face immense grise et ocre, plein Est, un mur de calcaire qui se dresse sur 250m. ok, ça n'est pas El Capitan mais pour cette île déjà ça envoie. On bivouaque au pied de cette falaise, juste à l'endroit où elle s'ouvre sur les gorges de je-sais-plus-quoi...
juste ici >>> https://goo.gl/maps/oQ2bdxBwpCymSbA27
Bref, le secteur est un peu exigeant en offrant des voies à partir du 6a+ et ça passe vite dans le 6b. Mais chaque envolé vaut le coup, la grimpe y est variée : dalle, gouttes d'eau principalement, ainsi que quelques cheminées et surplombs. Les cotations paraissent fiables, l'équipement est récent, les itinéraires ingénieux, on visite la parois dans ses plus belles échancrures... Le panoramique sur la vallée de Dorgali s'étend au fur et à mesure que l'on se rapproche du sommet.
Le premier jour on tombe sur quelques pieds de rue au niveau d'un relais que je retire soigneusement à coup de pierre un peu tranchante. Le lendemain on décide de prendre un petit sécateur que Raph avait eu la bonne idée d'emmener. Bien, c'était une excellente idée ! Raph en tête, il disparaît de ma vue après un petit ressaut. Ça n'avance plus pendant de longues minutes. De temps à autre je vois passer en chute libre des pieds du rue...faisant un bon mètre de haut ! Les accès au relais sont parfois délicats...
Hormis cet aspect horticole que du régal !
- La cote Est vers Dorgali : Cala Gonone, Cala Luna, Cala Goloritzè, Cala Fuili...
Le cadre est presque trop stéréotypé : de la roche qui plonge abruptement dans l'azur liquide, des plages de sables, des parois qui offrent à chaque fois de nouveaux points du vue sur cette région magnifique. L'effet carte postale perdure mais ne lasse pas. Surtout qu'il y a de quoi grimper ici, c'est à priori LA région où est la grimpe est la plus développée.
3 étoiles pour le cadre à Cala Luna où l'on peut grimper sur la plage avec ses pans de mur en léger dévers. La falaise de 20m de haut s'étire sur une 60aine de mètres, parsemées de grottes, concrétions atypiques, colonnettes, blocs coincés, écailles. Ticket d'entrée : 6b/6c... Heureusement pour se chauffer on trouve une section plus haute au sud de la plage avec du 5+. Sinon, on ne pourra pas essayer grand chose en un jour (deux 6c et un 7a).
- Plus accessible en cotation : Pedra Longua. C'est un monolithe de 190m de haut, plongée dans la mer. Les deux voies qu'on a fait sont magnifiques : Cromosomi Corsari (6a+obl) et Marinaio di Foresta (5c). De la très belle escalade, tout le monde est unanime !
https://www.camptocamp.org/outings/1106949/fr/pedra-longa-cromosomi-corsari-6b-6a-a0
https://www.camptocamp.org/outings/915801/fr/pedra-longa-marinaio-di-foresta
Je ne sais pas si vous avez déjà pris une douche au milieu d'un troupeau de chèvres.. moi ça m'est arrivé sur les pentes au dessus de Dorgal : journée de couennes abrégée car il commence à pleuvoir sérieusement. Je rejoins ma voiture garée dans une épingle au bord de la route. Par chance juste derrière la voiture un petit arbre pour accrocher ma douche solaire. la route n'est pas trop passante, ma voiture me cache, je suis déjà trempé à cause de la pluie... j'hésites un peu. Ok je tente. J'installe le tout, me met à poil, sort le savon. A peine je commence que surgit au bas de la pente un troupeau de chèvres, en file indienne qui remonte droit vers moi. En fait sous l'effet de la pluie la centaine de chèvres dispersées dans le secteur retourne à la bergerie au pas de course. Tu connais le regard défigurant de la chèvre, bêlante, reniflarde, qui te vois gesticuler sur ton bout de planche qui te sert de caillebotis ? tu multiplies par 15 ou 20 le nombre de cabris qui s'agglutine autour de toi... J’exagère à peine, ça a été ma douche la plus rapide du séjour.
- Masua : c'est le site qu'on a vraiment sous exploré à cause d'un épisode de vent violent qui nous a poussé à changer de secteur. C'est dans mon top 3 de la Sardaigne !
Sans même parler du cadre exceptionnel, rien que le rocher est prodigieux : calcaire blanc immaculé de loin, et quand on est (le nez) dessus il révèle toute sa richesse de structures, de petites prises en arqués aux concrétions magnifiquement sculptées, et de singularités géologiques... Les itinéraires verticaux s’enchaînent tout le long de la falaise, il y en a pléthore. L'embarras du choix. Chacun peut grimper dans son niveau à partir du 5sup.
Les voies sont bien homogènes dans la difficulté, variées dans le style on passe par de portions quelques peu athlétiques à des mouv' finauds à placement, des arqués juste comme il faut, le tout dans une ambiance aérienne. Rien n'est à enlever, pas un mètre de grimpe qui ne soit pas esthétique. L'expérience assouvit autant qu'elle stimule l'envie !
- Capo Pecora : une géologie vraiment unique , toute en rondeur et fissure, l'aspect graphique de la roche est saisissant ! On avait les doigts qui frétillaient rien qu'à voir les photo du topo (pour ma part je doutais de la fidélité des images, aujourd’hui avec Photoshop et quelques prise de vue bien choisies on vous fait croire ce qu'on veut). Arrivé sur place on n'est pas déçu : on prend conscience de l'envergure du site qui s'étale bien au delà de cette crique centrale, de la sérénité du lieu, de la prestance de ces blocs démesurés qui parsèment la plage. Pour préserver le site seul les relais sont équipés, le reste se fait en TA. Parfait pour les débutants en TA, les fissures sont justes de la bonne taille pour les friends standards, ça se coince en un tour de main. Une fourchettes de cotations très large : du 4e au 8e degré. On aura par trimbalé les friends du CAF pour rien !
La première journée passée sur place ne nous rassasie pas, on décide de revenir le lendemain. C'est là qu'on découvre le reste du site : une 60aine de voies qui parcourent les falaises à l'extérieur de la crique et au-delà. Là encore trop de vent pour vraiment explorer ses lignes magnifiques. On reviendra, c'est sur, une prochaine fois.
Retour à la voi-son laissée sur le parking : une vitre arrière cassée, du verre étalé sur 5 mètres, des affaires à nous éparpillées par le vent. Aucun vol par contre. A priori on a oublié de verrouiller les fenêtres à battants arrières ce matin. La puissance des rafales qui nous malmènent depuis 3jours ont du s'engouffrer à plusieurs reprises dans l'entrebâillement jusqu'à faire exploser la vitre. On dormira un peu plus au frais pour la fin du séjour...
- Dernier jour, Estelle, Raph et moi on optimise les dernières heures là-bas : GV le matin à Capo Caccia : un étrange mélange des Calanques et de la Normandie peut-être... Notre voie est courte, moins majeur que le reste, mais quand on observe le potentiel de ce qu'il y a autour de nous on reste rêveur quand même.
L'aprem on choisi un petit secteur en TA. Arrivés sur la place le rocher est complètement différent de tout ce qu'on a pu voir jusque là : du quartzite bien sombre, solide mais tout en cassures. Malheureusement l'ascension sera abrégée bien vite car juste avant d'arriver au 1er relais j'entends une rumeur derrière moi, qui devient de plus en plus forte. Je jette un oeil et vois un nuage gris marron au dessus de la canopée qui se déplace à vive allure, droit vers moi. Juste le temps de poser une sangle sur un becquet et de demander prestement de me descendre. L'essaim passe un bon quart d'heure au-dessus de nos tête à chercher où s'installer. Quand tout se calme, on a juste le temps de remonter récupérer le matériel et il est déjà l'heure de se diriger vers les voitures pour prendre le Ferry. Dommage !
Une sélection de quelques photos des points abordés si dessous.




